L’Iran réoriente une part croissante de ses importations vers la Russie et la mer Caspienne alors que la guerre et le blocus maritime américain perturbent ses débouchés au sud. Plus de 30% des marchandises importées transitent désormais par les ports du nord, selon Mohammad Reza Talaei, vice-ministre iranien chargé du commerce agricole, cité le 21 juillet par l’agence officielle IRNA.
Les données maritimes confirment une hausse du trafic sur cet axe. Windward a comptabilisé 235 visites de cargos et pétroliers russes dans les eaux iraniennes au cours des 164 jours suivant le 28 février, contre 208 sur une période équivalente auparavant, soit une hausse de 13%. Dans l’autre sens, le nombre de navires iraniens observés dans les eaux russes est passé de 142 à 152, en hausse de 7%.
« En changeant la route de l’océan Indien pour une route passant par la Russie et la mer Caspienne, nous avons pu faire face à la menace d’un blocus économique complet », avait déclaré Mohammad Reza Talaei à IRNA. Le responsable iranien n’a pas précisé sur quelle base était calculée la part de 30% des importations.
Blé et produits agricoles par la Caspienne
Les ports iraniens de la Caspienne reçoivent notamment des céréales, des huiles végétales et des aliments pour le bétail en provenance de Russie et d’autres pays eurasiatiques. Les autorités iraniennes citent également le blé, l’orge, le maïs et les oléagineux parmi les produits acheminés par ces routes.
Le basculement est particulièrement visible depuis le début de la guerre. Windward estime que le mouvement ne correspond plus à une simple hausse ponctuelle : l’entreprise décrit une augmentation durable des échanges maritimes entre la Russie et l’Iran dans la Caspienne. Moscou et Téhéran discutaient encore en août d’une feuille de route commune visant à faciliter le transport de marchandises essentielles et à réduire les obstacles au commerce maritime et terrestre.

La Caspienne sert également aux échanges militaires entre les deux pays. Le Monde rapporte, citant une enquête de NBC publiée en août, que des composants de drones et des explosifs russes ont été acheminés vers l’Iran par cette route. Le Financial Times a par ailleurs documenté en septembre une coopération russo-iranienne sur le développement de missiles de croisière supersoniques, à partir de documents russes ayant fuité.
Les ports du sud sous pression
Cette réorientation intervient alors que l’activité des ports iraniens du Golfe et du golfe d’Oman reste fortement perturbée.
À Jask, terminal construit à l’est du détroit d’Ormuz afin de permettre à l’Iran d’exporter du brut sans franchir le détroit, les chargements sont tombés à zéro durant la première semaine de septembre, selon des données Kpler. Ils avaient déjà reculé de 76.000 barils par jour en juillet à 33.000 en août.
Le terminal avait pourtant été conçu comme une voie de secours face à la dépendance iranienne à Kharg, située à l’intérieur du Golfe et qui assurait plus de 90% des exportations de brut du pays avant la guerre. Jask est relié aux champs pétroliers par l’oléoduc Goureh-Jask, dont la capacité est d’environ 500.000 barils par jour.
L’activité a également fortement reculé autour de Bandar Abbas et du port de Shahid Rajaee. Des images satellite examinées début septembre montraient nettement moins de navires à quai qu’avant la guerre.
Une route aux capacités limitées
Les ports du nord ne peuvent toutefois pas absorber les mêmes volumes que les grands terminaux iraniens du sud.
La baisse du niveau de la mer Caspienne réduit déjà les profondeurs disponibles et oblige les opérateurs à utiliser des navires à faible tirant d’eau. Le niveau de la mer baisse actuellement d’environ 20 à 30 centimètres par an selon des données citées par Reuters, tandis que des travaux scientifiques montrent une accélération du recul depuis 2019.
En Iran, la poursuite de cette baisse pourrait réduire d’environ 30% les capacités de certains quais de Bandar-e Anzali et Nowshahr dès 2027 et nécessiter davantage de dragage dans plusieurs ports de la Caspienne.
La route du nord permet ainsi à l’Iran de maintenir une partie de ses approvisionnements via la Russie, mais avec des ports, des navires et des volumes sans commune mesure avec ceux de ses accès traditionnels au Golfe.