Saudi Aramco prépare une réorganisation qui créerait une division entièrement consacrée au gaz naturel, tandis que le groupe étudie la possibilité d’en introduire une participation minoritaire en Bourse pour lever de nouveaux capitaux, ont indiqué mardi à Reuters deux sources proches du dossier.
Le géant saoudien passerait ainsi de deux grandes branches, amont et aval, à trois divisions disposant chacune de leur propre président. La future entité regrouperait le développement du gaz en Arabie saoudite et les investissements d’Aramco dans le gaz naturel liquéfié (GNL) à l’étranger. Aramco n’a pas commenté ces informations.
Jafurah au cœur de l’expansion
Le principal moteur de cette croissance est Jafurah, vaste bassin de gaz de schiste dans l’est du royaume. Il couvre environ 17.000 km² et contiendrait 229.000 milliards de pieds cubes de gaz brut, soit près de 6.500 milliards de m³, selon Aramco.
La production y a commencé en décembre 2025. Aramco prévoit de porter les ventes de gaz du site à 2 milliards de pieds cubes par jour en 2030, soit environ 57 millions de m³ quotidiens, auxquels doivent s’ajouter d’importants volumes d’éthane, de condensats et de liquides de gaz naturel.
Jafurah s’ajoute aux autres zones de production et installations gazières du groupe, notamment North Arabia et South Ghawar. Aramco vise désormais une hausse d’environ 80% de sa capacité de production de gaz commercialisable d’ici 2030 par rapport à 2021, contre un objectif supérieur à 60% auparavant.

Jusqu’à 500.000 barils de pétrole remplacés
Une partie du gaz supplémentaire doit remplacer le pétrole encore utilisé pour produire de l’électricité et alimenter certaines industries saoudiennes.
Aramco estime que son programme de gaz non conventionnel pourrait, à son maximum, fournir une quantité d’énergie équivalente à environ 500.000 barils de brut par jour actuellement consommés dans le royaume. Ces volumes de pétrole pourraient alors être dirigés vers le raffinage, la pétrochimie ou l’exportation.
11 milliards de dollars déjà levés
Le développement du gaz nécessite parallèlement des financements importants. En 2025, Aramco a conclu une opération de 11,1 milliards de dollars sur les infrastructures de traitement de Jafurah avec un consortium conduit par Global Infrastructure Partners, filiale de BlackRock.
Le montage prévoit la location puis la relocation à Aramco des installations de Jafurah pendant vingt ans. Le groupe conserve 51% de la société créée pour l’opération et le contrôle de l’exploitation des installations.
Reuters indique qu’Aramco étudie désormais une cotation minoritaire de sa future activité gazière ainsi que d’autres opérations de ce type pour lever des fonds, tout en conservant le contrôle opérationnel.
Des ambitions dans le GNL à l’étranger
La future division doit également porter le développement international d’Aramco dans le GNL. Le groupe cherche notamment à se constituer un portefeuille aux États-Unis et a conclu des accords avec plusieurs projets américains.
En janvier, Aramco a signé avec Commonwealth LNG un accord portant sur un million de tonnes de GNL par an, avec une option pour doubler ce volume. Il dispose également d’un contrat de vingt ans avec NextDecade portant sur 1,2 million de tonnes par an provenant du projet Rio Grande LNG au Texas.
La réorganisation envisagée ferait ainsi du gaz une activité autonome au sein d’Aramco, aux côtés du pétrole et des activités aval, alors que le groupe augmente simultanément sa production domestique et ses achats de GNL à l’étranger.