L’actu arabe en un clin d’œil

Bahreïn a condamné jeudi 17 septembre un homme à un an de prison pour un sermon jugé sectaire, moins de deux semaines après avoir renforcé les règles encadrant les prédicateurs et certaines pratiques religieuses, notamment dans les lieux de culte chiites.

Le 12 septembre, des responsables de ma’tams et de husseiniyas, où se tiennent des cérémonies chiites, avaient dénoncé un « ciblage systématique » de leurs pratiques. Ils contestent notamment l’obligation faite aux prédicateurs, conférenciers et chanteurs religieux d’obtenir une autorisation préalable.

Ces mesures interviennent alors que la guerre avec l’Iran est entrée dans son septième mois. Plusieurs monarchies du Golfe ont subi des frappes iraniennes depuis février, tandis que l’Arabie saoudite fait de nouveau face cette semaine à des tirs de missiles et de drones des Houthis, soutenus par Téhéran. Un civil a été tué dans le royaume le 17 septembre.

À Bahreïn, de nouvelles règles pour les prêches

Bahreïn est dirigé par une monarchie sunnite, mais les chiites représenteraient 55 à 70 % des citoyens, selon les estimations d’ONG et de membres de la communauté citées par le département d’État américain. Le gouvernement ne publie pas de statistiques officielles sur la répartition entre sunnites et chiites.

Le 3 septembre, le ministre de la Justice et des Affaires islamiques a élargi un système de licences qui existait depuis 2011. Les autorisations couvrent désormais explicitement les sermons, la prédication et le chant religieux.

Une commission est chargée de délivrer les licences, valables deux ans au maximum, et peut suivre l’activité des personnes autorisées ainsi qu’examiner les rapports concernant leurs interventions. Les personnes concernées disposent d’un mois pour se mettre en conformité, selon le quotidien bahreïni Al-Ayyam.

Le gouvernement défend ces règles au nom de l’encadrement du discours religieux et de la lutte contre les tensions confessionnelles. Dans une tribune publiée le 16 septembre par Al-Ayyam, un universitaire bahreïni favorable au texte a notamment lié son adoption aux risques de discours sectaires et aux réseaux attachés au principe iranien du wilayat al-faqih.

Le wilayat al-faqih, ou « gouvernement du juriste-théologien », est le principe au cœur du système politique iranien, qui confie l’autorité suprême à un religieux chiite.

Bahreïn avait déjà annoncé le 9 mai l’arrestation de 41 personnes accusées d’appartenir à un groupe lié aux Gardiens de la révolution iraniens. Deux jours plus tard, Manama accusait ce réseau d’avoir noué des liens avec des institutions chiites et cherché à influencer des prêches et activités religieuses.

Le 25 mai, neuf personnes avaient ensuite été condamnées à perpétuité pour espionnage présumé au profit des Gardiens de la révolution, notamment pour avoir collecté des informations sur des installations du royaume.

Au Koweït, quatre cellules attribuées au Hezbollah

La méfiance s’est également renforcée au Koweït. Le 30 août, L’Orient-Le Jour relevait une marginalisation croissante de la minorité chiite, jusque-là souvent considérée comme mieux intégrée que celles de Bahreïn ou d’Arabie saoudite.

Au printemps, les autorités avaient annoncé le démantèlement de quatre cellules liées au Hezbollah libanais, composées selon elles de Koweïtiens, de Libanais et d’anciens citoyens déchus de leur nationalité. Certaines étaient soupçonnées d’avoir préparé des assassinats visant des responsables de l’État.

Le 1er mai, Koweït avait aussi affirmé avoir intercepté un commando des Gardiens de la révolution arrivé par bateau. L’Iran a contesté cette version.

Dans l’est de l’Arabie saoudite, où vit l’essentiel de la minorité chiite du royaume, l’European Saudi Organization for Human Rights a indiqué le 20 mai avoir documenté des dizaines d’arrestations depuis le début de la guerre, ainsi que des convocations, interdictions de voyager et le retour de barrages de sécurité à Qatif.

L’ONG affirme qu’au moins huit religieux chiites ont été arrêtés. Ces chiffres n’ont pas été confirmés par les autorités saoudiennes.

Aux Émirats arabes unis, les services de sécurité avaient annoncé dès le 20 mars le démantèlement d’un réseau qu’ils disent financé et dirigé par l’Iran et le Hezbollah libanais. Il est notamment accusé d’avoir utilisé une couverture commerciale pour blanchir de l’argent et financer des activités qualifiées de terroristes par Abou Dhabi.

Pourquoi cette méfiance envers les chiites ?

L’Iran est la principale puissance chiite du Moyen-Orient et soutient depuis plusieurs décennies le Hezbollah libanais ainsi que plusieurs mouvements armés de la région. Cette politique alimente dans les monarchies sunnites du Golfe la crainte que Téhéran puisse disposer de relais au sein de leurs propres populations.

La guerre a renforcé ces soupçons. L’Iran a frappé plusieurs pays du Golfe après le déclenchement du conflit le 28 février. Aux Émirats, par exemple, les autorités affirmaient le 20 mars avoir déjà intercepté depuis le début de la guerre 338 missiles balistiques et 1.740 drones iraniens.

Mais être chiite ne signifie pas soutenir l’Iran. Les communautés chiites du Golfe sont implantées depuis des générations dans leurs pays et leurs positions politiques varient fortement.

Les sunnites sont majoritaires dans la plupart des monarchies de la péninsule. Les chiites constituent toutefois la majorité des citoyens à Bahreïn, une part importante de la population du Koweït et sont particulièrement concentrés dans l’est de l’Arabie saoudite. Des communautés plus petites vivent également au Qatar et aux Émirats.

À Bahreïn, les nouvelles règles donnent désormais aux prédicateurs et autres personnes concernées un mois pour obtenir leur licence ou régulariser leur situation. Leur application dans les lieux de culte chiites constituera le prochain test concret du dispositif adopté début septembre.