L’Arabie saoudite fait passer davantage de pétrole par le détroit d’Ormuz et organise des transferts de brut au large d’Oman après l’arrêt de son oléoduc Est-Ouest vers Yanbu, touché par des drones. Les chargements dans le port saoudien de la mer Rouge restent suspendus et plusieurs cargaisons prévues pour l’Europe ont été annulées.
Saudi Aramco propose désormais à ses clients asiatiques de charger de l’Arab Light, de l’Arab Medium et de l’Arab Heavy au large de Sohar, à Oman, selon plusieurs sources citées par Reuters. Le brut est d’abord chargé dans le Golfe, franchit Ormuz, puis est transféré d’un pétrolier à un autre une fois sorti du détroit.
Trois stations de pompage touchées
De nouveaux éléments publiés jeudi montrent que l’attaque du 11 septembre a endommagé trois stations de pompage, contre deux précédemment recensées. L’oléoduc de 1.200 kilomètres compte onze stations de pompage et relie les champs de l’est saoudien à Yanbu, sur la mer Rouge. Les autorités saoudiennes ont indiqué que les drones étaient venus d’Irak.

Avant son arrêt, l’ouvrage transportait entre 4 et 5 millions de barils par jour, soit 4% à 5% de l’offre mondiale. Il était devenu depuis six mois la principale voie saoudienne permettant d’éviter Ormuz, dont le trafic maritime a fortement chuté avec la guerre.
Les délais de réparation restent incertains. Trois sources interrogées par Reuters évoquent jusqu’à cinq à six semaines, tandis qu’une autre juge possible une reprise partielle plus rapide. Bloomberg a rapporté que Riyad cherchait à remettre environ la moitié de la capacité en service dans les prochains jours.
Du Golfe à Sohar
En attendant, Aramco augmente ses chargements à Ras Tanura et Juaymah, deux terminaux situés à l’intérieur du Golfe. Ils ont atteint environ 4 millions de barils par jour la semaine dernière, soit le double du rythme précédent selon Energy Aspects.
Une partie de ces volumes franchit ensuite Ormuz avant d’être transférée au large de Sohar vers d’autres pétroliers. Pour les raffineurs asiatiques, cette organisation permet de récupérer le brut une fois le passage le plus exposé franchi, sans envoyer leurs propres navires jusque dans les terminaux saoudiens du Golfe.
Le mouvement ramène ainsi une partie des exportations saoudiennes vers Ormuz au moment où la route terrestre conçue pour l’éviter est interrompue. Mercredi, seuls trois navires commerciaux ont été détectés en transit dans le détroit, contre une moyenne de 17 au cours des dix jours précédents. Les données peuvent toutefois sous-estimer le trafic, certains navires naviguant avec leur balise AIS coupée.
Des cargaisons européennes annulées
L’arrêt de Yanbu touche déjà des clients européens. Aramco les a informés de l’annulation de certaines cargaisons prévues en septembre. Le groupe polonais Orlen, dont environ 40% des approvisionnements viennent d’Aramco, s’est tourné vers des bruts de mer du Nord et a également recherché des cargaisons algériennes, américaines et kazakhes.
La tension a poussé certaines cargaisons physiques de brut en Europe au-dessus de 130 dollars le baril cette semaine. Les contrats européens sur le gasoil, référence du diesel, ont également atteint un record mardi. Les cours du pétrole ont toutefois reflué jeudi, le Brent tombant autour de 103 dollars, après l’annonce des volumes supplémentaires proposés via Oman et des efforts pour remettre l’oléoduc en service.