L’actu arabe en un clin d’œil

La cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a demandé mardi 29 septembre à la Syrie de réduire la présence militaire russe dans le pays, lors d’une rencontre à Damas avec le président Ahmed al-Chareh, selon le Service européen pour l’action extérieure (SEAE).

« La Syrie dispose d’alternatives crédibles à sa dépendance envers la Russie », a déclaré Mme Kallas. Elle a rappelé que Moscou avait utilisé ses bases syriennes pour soutenir Bachar al-Assad, renversé en décembre 2024 et désormais installé en Russie.

La visite intervient alors que les nouvelles autorités syriennes ont rapidement renoué avec l’Union européenne depuis la chute d’Assad, sans pour autant rompre avec Moscou.

Damas s’est rapprochée de l’Europe

L’Union européenne a levé en mai ses sanctions économiques générales contre la Syrie, tout en maintenant les mesures visant notamment des responsables de l’ancien régime et des personnes accusées de violations des droits humains.

Bruxelles a également rétabli l’application complète de son accord de coopération avec Damas et tenu en mai son premier dialogue politique de haut niveau avec les nouvelles autorités.

Début septembre, l’UE a rétabli une représentation au rang d’ambassadeur à Damas pour la première fois depuis 2012.

Selon l’agence officielle syrienne SANA, les discussions entre Kallas et Chareh ont porté mardi sur les relations entre la Syrie et l’UE, la reconstruction et le développement du pays.

Des demandes sur les minorités et la justice

Kallas a toutefois insisté sur plusieurs sujets suivis par Bruxelles, dont l’État de droit, la participation des femmes, les droits des Kurdes et la situation à Soueïda, province à majorité druze.

« Les victimes ont besoin de justice », a-t-elle déclaré, en appelant à des enquêtes sur les violences commises depuis la fin du régime Assad.

Ces demandes interviennent après plusieurs massacres et affrontements depuis l’arrivée au pouvoir de Chareh. Une enquête de Reuters a recensé près de 1.500 Alaouites tués sur la côte syrienne en mars 2025, notamment par des forces et factions alignées sur les nouvelles autorités.

En juillet 2025, de nouvelles violences ont fait des centaines de morts à Soueïda, lors d’affrontements impliquant notamment des groupes druzes, des combattants bédouins et les forces gouvernementales.

De chef de HTS à interlocuteur des Occidentaux

Avant de devenir président, Ahmed al-Chareh dirigeait Hayat Tahrir al-Sham (HTS), le mouvement islamiste qui a mené l’offensive ayant renversé Bachar al-Assad fin 2024.

HTS est issu du Front al-Nosra, ancienne branche syrienne d’Al-Qaïda. Chareh avait rompu avec l’organisation jihadiste en 2016 avant de progressivement recentrer son mouvement sur la Syrie et de chercher à normaliser ses relations avec les puissances étrangères.

Ce rapprochement l’a notamment conduit vers les États-Unis. En juillet, Donald Trump l’a décrit comme un homme « respecté par tout le monde, moi compris » et a décidé de retirer la Syrie de la liste américaine des États soutenant le terrorisme.

Moscou reste à Tartous et Hmeimim

Chareh n’a cependant pas rompu avec la Russie.

En août, Damas et Moscou ont conclu un accord sur l’avenir des implantations russes de Tartous et Hmeimim. La Syrie doit reprendre le contrôle des infrastructures civiles, tandis que les installations militaires doivent devenir des centres conjoints de formation et de qualification.

Ces deux sites constituaient sous Assad les principales implantations militaires russes en Méditerranée orientale et au Moyen-Orient. Leur maintien sous une forme réduite permet à Damas de conserver un canal avec Moscou au moment même où le nouveau pouvoir approfondit ses relations avec Bruxelles et Washington.