Le 30 septembre 2026 a refermé un chapitre majeur de l’histoire contemporaine de l’Irak. Les derniers soldats américains encore déployés dans le cadre de la coalition internationale ont quitté leurs bases, principalement celle d’Erbil. Ce retrait a mis fin à plus de deux décennies de présence militaire américaine, même si une coopération bilatérale en matière de formation et de renseignement devait se poursuivre avec Bagdad.
Tout avait commencé le 20 mars 2003, lorsque les États-Unis de George W. Bush, accompagnés notamment du Royaume-Uni, avaient envahi l’Irak pour renverser Saddam Hussein. L’intervention avait été justifiée en grande partie par l’affirmation selon laquelle Bagdad possédait encore des armes de destruction massive et poursuivait des programmes interdits. Or ces stocks n’avaient jamais été retrouvés après l’invasion. Les enquêtes américaines menées par la suite avaient conclu à de graves défaillances du renseignement sur l’état réel des programmes irakiens, faisant de l’argument des armes de destruction massive l’un des fondements les plus contestés de la guerre.
Des milices encore armées
Bagdad était tombée le 9 avril 2003. L’intervention avait ensuite ouvert une longue période d’occupation, d’insurrection et de violences confessionnelles, dont les conséquences avaient profondément remodelé l’Irak et, paradoxalement, renforcé l’influence de l’Iran dans le pays.
Les forces américaines avaient une première fois quitté l’Irak à la fin de 2011. Mais trois ans plus tard, l’effondrement d’une partie de l’armée irakienne face à Daech avait bouleversé la donne. Après la prise de Mossoul le 10 juin 2014, l’organisation jihadiste avait conquis de vastes territoires. Washington était alors revenu à la demande de Bagdad, cette fois dans le cadre d’une coalition chargée de soutenir les forces irakiennes contre Daech. L’accord conclu en septembre 2024 entre les deux pays avait finalement organisé le retrait progressif achevé ce 30 septembre.
Mais le départ américain n’a pas résolu la principale question de souveraineté à laquelle Bagdad était confrontée : celle des factions armées proches de l’Iran. Renforcé après l’appel lancé par l’ayatollah Ali al-Sistani en juin 2014 pour combattre Daech, le Hachd al-Chaabi avait été officiellement intégré aux forces de sécurité irakiennes en 2016. Plusieurs de ses composantes avaient pourtant conservé leurs propres chaînes de commandement, leurs arsenaux et des liens étroits avec Téhéran.
Le Premier ministre Ali al-Zaïdi avait initialement choisi le 30 septembre comme date butoir pour remettre ces armes sous l’autorité de l’État. Le raisonnement semblait simple : puisque certaines factions justifiaient leur arsenal par la présence américaine, le départ des Américains devait ouvrir la voie à leur désarmement. Mais cinq groupes avaient refusé cette logique. Le 21 septembre, à New York, Zaïdi avait donc repoussé l’objectif au 30 juin 2027, préférant la négociation à une confrontation susceptible de provoquer une guerre intra-chiite.
Le contrôle de Washington sur le pétrole irakien
Une autre inquiétude a alors émergé : celle d’une « hezbollahisation » de l’Irak, avec un État disposant de son gouvernement et de son armée, mais contraint de cohabiter durablement avec des organisations capables de conserver leurs propres armes et une importante influence politique.
Et si les soldats américains sont partis, Washington conserve un autre levier considérable : les finances irakiennes. Depuis l’invasion de 2003, les recettes pétrolières du pays avaient transité par un mécanisme lié à la Federal Reserve Bank of New York. Le Development Fund for Iraq, créé après la chute de Saddam Hussein pour financer la reconstruction et protéger ces revenus des créanciers, avait ensuite laissé place à un compte de la Banque centrale irakienne auprès de la Fed.
Le mécanisme avait été d’autant plus stratégique que le pétrole représentait environ 90 % du budget de l’État irakien. En contrôlant l’accès physique aux dollars issus de ces revenus et leur acheminement vers Bagdad, Washington avait donc conservé un levier majeur sur le système financier irakien, notamment dans sa lutte contre les circuits de financement liés à l’Iran.
Le 30 septembre 2026 ne marque pas la disparition de l’influence américaine en Irak, mais plutôt sa transformation. Après vingt-trois années dominées par les soldats, les bases militaires et la lutte contre Daech, la question s’était déplacée vers les milices, les flux financiers et la capacité de Bagdad à imposer son autorité.