Le géant marocain des phosphates et des engrais OCP a enregistré une perte nette part du groupe de 2,84 milliards de dirhams, environ 260 millions d’euros, au premier semestre 2026, contre un bénéfice d’environ 750 millions d’euros un an plus tôt, selon ses états financiers publiés mardi 29 septembre.
Son chiffre d’affaires recule de 7,3 %, à 48,4 milliards de dirhams (4,4 milliards d’euros). Son résultat brut d’exploitation (EBITDA) chute de 28,5 %, à 13,3 milliards de dirhams, alors que la flambée du soufre a fortement augmenté le coût de fabrication des engrais phosphatés, selon le communiqué de résultats.
Le passage dans le rouge ne vient toutefois pas uniquement du soufre. Les comptes complets montrent également une forte dégradation du résultat financier, passé d’un gain de 2,85 milliards de dirhams à une perte de 4,83 milliards.
Le Maroc a le phosphate, mais importe le soufre
Le Maroc dispose de 50 milliards de tonnes de réserves de roche phosphatée, soit environ 68 % des réserves mondiales connues, selon l’agence géologique américaine USGS. OCP est le seul producteur de phosphate du pays.
Cette roche ne devient toutefois pas directement de l’engrais. Pour fabriquer une grande partie de ses produits, OCP utilise du soufre importé, qui sert à traiter le phosphate avant sa transformation en engrais.
Cette dépendance est devenue coûteuse avec le blocage du trafic dans le détroit d’Ormuz. Environ la moitié des flux mondiaux de soufre passaient par Ormuz avant la crise, selon des dirigeants d’OCP interrogés en juin par Médias24. Le prix de cette matière avait alors été multiplié par près de trois en quelques semaines.
Les résultats semestriels publiés cette semaine confirment que le choc s’est prolongé. Selon OCP, le prix du soufre a environ triplé sur le semestre, tandis que celui des engrais n’a augmenté que d’environ 20 %. Le groupe n’a donc pas pu faire supporter toute la hausse à ses clients.
Dans le même temps, les échanges mondiaux d’engrais phosphatés ont reculé d’environ 22 %, avec une demande plus faible notamment en Inde, en Europe et en Afrique.
OCP produit davantage de TSP
OCP a adapté sa production pour utiliser moins de soufre.
Le groupe fabrique notamment davantage de triple superphosphate (TSP), un engrais qui consomme moins de soufre que plusieurs de ses autres produits et ne nécessite pas d’ammoniac. Le TSP représente désormais 35 % de ses exportations d’engrais, contre 26 % un an plus tôt, selon les résultats semestriels.
Une troisième ligne capable d’en produire un million de tonnes par an est entrée en service en juillet à Jorf Lasfar. OCP indique également avoir constitué des stocks de soufre avant la flambée des prix, avancé certaines opérations de maintenance et sécurisé davantage ses approvisionnements.
Malgré la baisse de ses résultats, l’activité industrielle reste bénéficiaire. La marge d’EBITDA atteint 28 %, contre 36 % un an plus tôt. Le PDG d’OCP, Mostafa Terrab, a estimé dans le communiqué que le groupe avait « maintenu un profil de marge solide » au premier semestre.
L’UM6P cherche aussi des alternatives
OCP travaille parallèlement sur des solutions permettant de dépendre moins du soufre acheté à l’étranger.
L’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), liée à l’écosystème OCP, a créé en septembre un centre entièrement consacré à cette matière. Baptisé Sulfex, il doit travailler sur de nouvelles sources de soufre au Maroc et en Afrique, son recyclage et des procédés permettant d’en réduire ou d’en remplacer l’utilisation, selon Médias24.
Les chercheurs étudient notamment la récupération du soufre contenu dans le phosphogypse, un résidu produit lors de la fabrication d’acide phosphorique. D’autres travaux portent sur la pyrite, un minerai contenant du soufre déjà utilisé par OCP par le passé.
La crise d’Ormuz a ainsi remis au premier plan une dépendance industrielle précise : le Maroc possède la roche phosphatée, mais OCP doit encore importer une partie des matières nécessaires pour la transformer en engrais. Le groupe tente désormais de réduire cette dépendance à la fois par ses achats, ses produits et la recherche.