Quatre membres du Parti pour une vie libre au Kurdistan (PJAK) ont été tués lors d’affrontements avec les forces de sécurité iraniennes près de Baneh, dans le nord-ouest de l’Iran, ont annoncé lundi les autorités iraniennes. Téhéran affirme que le groupe tentait d’entrer sur le territoire iranien et indique avoir saisi des armes, des munitions et des grenades après les combats.
La même journée, quatre drones se sont abattus sur la vallée d’Alana, à l’est d’Erbil, visant des bases d’un autre parti kurde iranien Komala. Deux autres appareils se sont écrasés dix minutes plus tard dans le camp de Jezhnikan, qui abritait les familles de combattants du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (PDKI) avant son évacuation au début de la guerre, tandis qu’un septième était intercepté au-dessus du district de Khalifan, rapporte le média kurde Rudaw.
La veille, le Parti pour la liberté du Kurdistan (PAK) annonçait que quatre drones suicides avaient frappé son quartier général de Chamshari. Depuis le début de la guerre américano-iranienne fin février, les seules bases du Komala ont été visées par plus de 95 missiles et drones, selon son responsable de la communication Amjad Hussein Panahi, tandis que le gouverneur d’Erbil, Omid Khoshnaw, recense plus de 500 attaques de drones sur sa province.
Des groupes kurdes iraniens opposés à Téhéran
Ces frappes ne visent pas les autorités kurdes irakiennes mais les oppositions kurdes iraniennes réfugiées sur leur territoire depuis des décennies. Le PDKI de Mustafa Hijri tient ses camps autour de Koya, le Komala, d’obédience historiquement marxiste, ses positions près de Souleimaniyeh, où une frappe iranienne a tué neuf de ses peshmergas à la mi-juillet. Le PAK, plus offensif, revendique une aile armée baptisée Armée nationale du Kurdistan et des attaques contre les Gardiens de la révolution à Kermanshah. Cinq de ces partis se sont regroupés dans une coalition formée à Erbil le 22 février, un rapprochement inédit après des décennies de rivalités.
Téhéran justifie ses opérations par la présence supposée de bases du Mossad. En janvier 2024, les Gardiens de la révolution avaient revendiqué la destruction de trois d’entre elles à Erbil. Le gouvernement régional dément catégoriquement toute présence de renseignement israélien sur son sol. Depuis février, deux frappes ont de nouveau visé des demeures d’hommes d’affaires présentées comme des installations du Mossad, sans qu’aucune preuve soit produite, relève Forbes.
L’option kurde de Trump ?
L’autre motif tient à ce que Washington a laissé entrevoir. Interrogé le 5 mars par Reuters sur une offensive terrestre kurde en Iran, Donald Trump a répondu qu’il trouvait « formidable qu’ils veuillent le faire » et serait « totalement pour », sans préciser si les États-Unis fourniraient une couverture aérienne. Il a appelé séparément Bafel Talabani et Massoud Barzani pour leur signifier que les Kurdes devaient choisir entre l’Amérique et l’Iran, selon un responsable de l’UPK cité par le Times of Israel. Plusieurs médias américains ont fait état de livraisons d’armes légères par la CIA. Le secrétaire général de l’organisation Khabat, Babasheikh Hosseini, jugeait alors une opération terrestre « hautement probable » auprès d’Al Jazeera. La couverture aérienne américaine n’est cependant jamais venue.
Le Premier ministre régional Masrour Barzani a ajouté lundi un élément embarrassant pour Bagdad. Certains des drones ayant visé Erbil ces derniers jours venaient « de l’intérieur même de l’Irak, depuis la direction de Mossoul », a-t-il déclaré, renvoyant au gouvernement fédéral la responsabilité de neutraliser les groupes armés opérant hors du contrôle de l’État. Erbil avait déjà accusé des factions du Hachd al-Chaabi d’avoir frappé le champ gazier de Khor Mor. La région, gouvernée depuis 1964 par deux partis rivaux, le PDK des Barzani tourné vers Ankara et Washington et l’UPK des Talabani historiquement proche de Téhéran, peine à formuler une réponse commune.
Le coût est déjà mesurable. Khor Mor, qui fournit une majorité du gaz régional, a suspendu sa production après les frappes de la mi-juillet, privant d’électricité une partie de la région. La compagnie norvégienne DNO a vu la sienne tomber à 273 barils par jour au deuxième trimestre, contre 39 600 au précédent. Masrour Barzani reconnaît que le Kurdistan reste « sans défense », dépourvu de systèmes antiaériens, alors que la coalition internationale doit quitter l’Irak fin septembre.

Source: Rudaw