Face aux attaques répétées des Houthis en mer Rouge et aux menaces pesant sur le détroit de Bab el-Mandeb, l’Arabie saoudite réorganise progressivement ses routes d’exportation pétrolières. Riyad s’appuie de plus en plus sur le réseau égyptien, combinant son oléoduc Est-Ouest au pipeline SUMED, afin de sécuriser une partie de ses livraisons vers l’Europe, a rapporté un article de Arabi al-Jadiid ce 28 juillet.
Concrètement, le pétrole est acheminé des champs saoudiens jusqu’au port de Yanbu, sur la mer Rouge, via l’oléoduc Est-Ouest, avant d’être transporté par navire jusqu’à Aïn Soukhna, en Égypte. Il transite ensuite par l’oléoduc SUMED jusqu’au terminal méditerranéen de Sidi Kerir, d’où il est réexporté vers les marchés européens.
Une solution de repli insuffisante
Cette stratégie répond à une vulnérabilité croissante. Près de 80 % des exportations de brut saoudien transitent par la mer Rouge et près de la moitié des produits raffinés franchissent Bab el-Mandeb. Toute perturbation de ce passage menace donc directement les exportations du royaume.
Pour l’Égypte, cette évolution représente une opportunité stratégique. Les capacités de stockage d’Aïn Soukhna (18,4 millions de barils) et de Sidi Kerir (19,5 millions de barils) renforcent le rôle du pays comme plateforme énergétique entre la mer Rouge et la Méditerranée. Cette solution présente toutefois plusieurs limites. D’une part, le canal de Suez ne peut accueillir les très grands pétroliers (VLCC) lorsqu’ils sont chargés à pleine capacité, son tirant d’eau étant insuffisant. Les cargaisons doivent donc être déchargées à Aïn Soukhna, transiter par l’oléoduc SUMED, puis être rechargées sur un autre navire à Sidi Kerir, ce qui augmente les coûts logistiques.
D’autre part, la capacité maximale de SUMED, estimée à 2,5 millions de barils par jour, reste près de trois fois inférieure à celle de l’oléoduc saoudien Est-Ouest, capable d’acheminer jusqu’à 7 millions de barils par jour. Si Riyad venait à accroître durablement le volume de ses exportations transitant par l’Égypte, un renforcement des capacités de SUMED, impliquant d’importants travaux d’extension, deviendrait probablement nécessaire pour éviter la saturation de cette voie de contournement.
Les pressions de Pékin
Cette solution reste néanmoins coûteuse et principalement adaptée aux cargaisons destinées à l’Europe. Les principaux clients de Saudi Aramco demeurent les pays asiatiques, pour lesquels le passage par Bab el-Mandeb reste beaucoup plus rapide. Un trajet entre Yanbu et la Corée du Sud dure environ 24 jours par cette route, contre plus de 50 jours en contournant l’Afrique via Suez.
Dans ce contexte, la Chine a choisi une autre approche. Selon plusieurs sources rapportées par Reuters le 28 juillet, Pékin négocie directement avec les Houthis afin d’obtenir des autorisations de passage pour ses pétroliers en mer Rouge. Plusieurs navires chinois auraient ainsi continué à charger du brut saoudien à Yanbu malgré le blocus annoncé des ports saoudiens, tandis que d’autres pétroliers ont préféré rebrousser chemin face aux risques sécuritaires.

Source: Arabi Al-Jadiid / Reuters