QatarEnergy a averti que les perturbations dans le détroit d’Ormuz pourraient retarder une partie de l’expansion du North Field, le gigantesque gisement gazier sur lequel Doha compte pour presque doubler ses capacités de gaz naturel liquéfié (GNL) d’ici 2030. Des équipements nécessaires aux nouvelles installations restent bloqués et ne peuvent toujours pas atteindre le Qatar.
Le premier train de liquéfaction de North Field East reste prévu au premier semestre 2027, mais le calendrier des suivants dépendra de l’évolution à Ormuz. Les frappes iraniennes contre Ras Laffan ont déjà endommagé deux des 14 trains de GNL du Qatar et une unité de transformation du gaz en carburants, retirant environ 17% des capacités de GNL du pays. La réparation des deux trains pourrait prendre trois ans.
QatarEnergy cherche davantage de gaz aux États-Unis
Pour continuer à honorer ses contrats, notamment en Asie, QatarEnergy négocie parallèlement des achats de GNL américain sur plusieurs années auprès de producteurs dont Venture Global, Cheniere et Woodside.
Sa branche de négoce cherche entre 2 et 3 millions de tonnes par an jusqu’en 2031. QatarEnergy avait jusqu’ici surtout acheté des cargaisons américaines sur le marché spot depuis les attaques contre Ras Laffan. Environ 12,8 millions de tonnes de capacité annuelle pourraient rester indisponibles pendant trois à cinq ans.

Plus de 60 milliards de dollars de projets au Qatar
Doha poursuit dans le même temps ses investissements intérieurs. Le gouvernement a annoncé dimanche plus de 60 milliards de dollars de projets et d’opportunités d’investissement sur cinq ans : environ 38,5 milliards dans les infrastructures et 22,5 milliards dans l’immobilier et l’hôtellerie.
Le fonds souverain Qatar Investment Authority (QIA) a également créé Doha Investment, une division chargée de son portefeuille domestique. Elle doit initialement superviser 45 entreprises publiques représentant environ un tiers des actifs du fonds et chercher à attirer davantage de capitaux privés.
Cette réorientation intérieure ne met pas fin aux placements internationaux de QIA. Lundi, le fonds et JPMorgan Asset Management ont annoncé un partenariat de 20 milliards de dollars, dont 15 milliards de portefeuilles d’actions mondiales et 5 milliards destinés au financement d’entreprises américaines de taille intermédiaire.
Washington veut réduire la dépendance à Ormuz
Les États-Unis ont de leur côté proposé d’apporter 5 milliards de dollars à un fonds destiné notamment à reconstruire les infrastructures énergétiques endommagées par la guerre et à développer de nouvelles routes permettant de réduire la dépendance régionale au détroit. Un projet examiné par le Financial Times prévoit une contribution équivalente des partenaires arabes, pour un véhicule initial de 10 milliards de dollars.
Le Qatar écarte cependant l’idée de remplacer ses exportations de GNL par de grands gazoducs régionaux. « Cela n’a aucun sens économique », a déclaré le ministre de l’Énergie et patron de QatarEnergy, Saad Al-Kaabi, expliquant qu’il faudrait transporter le gaz par pipeline puis construire de nouvelles installations de liquéfaction ailleurs. Doha a donc décidé de ne pas retenir cette option pour des raisons commerciales et techniques.
Al-Kaabi a également rejeté l’idée que le détroit puisse devenir inutile : « Il est faux de dire que le détroit d’Ormuz est obsolète », a-t-il déclaré, rappelant qu’il transporte bien davantage que du pétrole et du gaz.
Doha propose davantage d’interdépendance avec l’Iran
Le Qatar défend parallèlement une approche fondée sur davantage d’échanges économiques avec l’Iran. Le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed Al Ansari, a proposé lundi de développer une « interdépendance économique » entre les deux rives du Golfe, accompagnée de garanties de sécurité pour les États arabes.
Cette relation possède déjà une dimension énergétique directe : le North Field qatari et South Pars en Iran constituent les deux parties d’un même immense réservoir gazier offshore partagé par les deux pays.