L’actu arabe en un clin d’œil

La dernière visite d’un président français en Syrie remontait à 2009, lorsque Nicolas Sarkozy avait été accueilli à Damas par Bachar al-Assad, rappelle le média Enab Baladi. Dix-sept ans plus tard, Emmanuel Macron est devenu le premier dirigeant occidental à effectuer une visite officielle en Syrie depuis la chute du régime, scellant le retour de la France sur la scène syrienne. Ce réchauffement diplomatique devrait se traduire prochainement par la réouverture des ambassades des deux pays, après plus de quinze années de rupture diplomatique.

La Syrie, nouvelle route énergétique régionale ?

Au-delà de sa portée symbolique, cette visite de deux jours traduit la volonté de la France de reprendre pied dans un pays appelé à redevenir un acteur central des équilibres régionaux. Paris entend accompagner la reconstruction syrienne tout en renforçant son influence diplomatique au Levant. Emmanuel Macron a affirmé vouloir bâtir une « Syrie souveraine et unifiée », tout en présentant la France comme un partenaire de long terme dans les domaines de l’énergie, des infrastructures, du secteur bancaire et du renforcement institutionnel.

Le président syrien Ahmed al-Chareh a, de son côté, insisté sur la position géographique stratégique de son pays, situé au carrefour de la Méditerranée, du Golfe et de l’Irak. La crise d’Ormuz a souligné « l’importance de la géographie de la Syrie, qui recouvre un rôle vital de carrefour incontournable des corridors mondiaux », a affirmé le président syrien.

CMA CGM, main basse sur l’aéroport de Damas

La visite s’est accompagnée d’une série d’accords économiques. La France a annoncé le lancement du processus de restitution de 51 millions d’euros d’avoirs confisqués à Rifaat al-Assad au profit du Trésor syrien. Paris et Damas ont également signé plusieurs protocoles portant sur les transports maritimes et aériens, l’eau, l’énergie, la santé, le développement hospitalier, le commerce ainsi que l’assistance technique à la Banque centrale syrienne. L’Union européenne a parallèlement dévoilé un programme de 620 millions d’euros sur trois ans destiné à soutenir la reprise économique du pays.

La délégation française réunissait plusieurs grands groupes industriels. Le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, a confirmé l’ouverture de discussions avec les autorités syriennes sur un futur contrat d’exploration offshore, dans le prolongement du protocole signé en mai avec QatarEnergy, ConocoPhillips et la Syrian Petroleum Company pour évaluer le potentiel gazier du bassin du Levant. Le groupe français étudie également la possibilité de futurs oléoducs reliant l’Irak à la Méditerranée via la Syrie, afin de proposer une alternative stratégique au détroit d’Ormuz.

Le volet logistique constitue un autre pilier de ce rapprochement. Déjà présent au terminal à conteneurs de Lattaquié depuis 2009, CMA CGM avait déjà annoncé en mai dernier de nouveaux investissements de 230 millions d’euros pour accroître les capacités du port et construire un nouveau quai de 1,5 kilomètres. L’entreprise française prendra également en charge le développement du fret aérien à l’aéroport international de Damas, afin de renforcer les capacités de transport de marchandises par voie aérienne. Elle exploitera en parallèle deux ports secs, à Adra et Alep, des plateformes logistiques intérieures connectées aux ports maritimes qui servent au stockage, au dédouanement et à la distribution des marchandises. Une implantation qui consolide le rôle de CMA CGM dans la reconstruction des infrastructures de transport syriennes et dans la réintégration du pays dans les échanges commerciaux régionaux.

Dans la continuité de la politique menée par Emmanuel Macron en faveur de la restitution de biens culturels, cette visite a également été marquée par le retour en Syrie de 23 œuvres et objets archéologiques prêtés à l’Institut du monde arabe depuis 2010, a rapporté l’agence Sana.

À travers cette visite, la France cherche ainsi à conjuguer retour diplomatique et offensive économique. En se positionnant dès les premières phases de la reconstruction, Paris espère retrouver une influence durable dans une Syrie appelée à redevenir un carrefour énergétique, commercial et logistique entre l’Europe, le Golfe et l’Asie.

Source: Enab Baladi / Sana