La Société pétrolière du Koweït (Kuwait Oil Company), filiale de l’organisme public Kuwait Petroleum Corporation (KPC), a signé samedi 25 juillet un accord à 16 milliards de dollars avec un consortium regroupant les géants américains de l’investissement Blackstone et KKR ainsi que le canadien Brookfield, a rapporté The National.
Baptisé « projet Shaheen », cet accord est présenté par les autorités koweïtiennes comme le plus gros investissement étranger direct de l’histoire du pays. Le PDG et vice-président de la KPC, Sheikh Nawaf Al-Sabah, a déclaré dans le communiqué que l’accord « envoie un message clair confirmant la position continue de l’État du Koweït en tant que destination attrayante pour le capital mondial, même à la lumière des défis régionaux actuels ».
Concrètement, il ne s’agit pas d’une vente. Le Koweït reste propriétaire à 100 % de son réseau de 13 oléoducs, longs de 320 kilomètres, qui relient les champs pétroliers aux terminaux d’exportation et alimentent aussi le marché intérieur. Le pays crée une société commune avec ce trio d’investisseurs, à qui il loue le droit d’exploiter financièrement ce réseau pendant 20 ans et demi. En contrepartie de cette location, le Koweït touche immédiatement 7,85 milliards de dollars en liquidités.
Un impératif financier pour le Koweït
Pour continuer à faire circuler son propre pétrole dans ces tuyaux dont il reste propriétaire, il reverse à cette société commune un péage calculé sur les volumes transportés. Le Koweït garde 51 % de cette société et surtout le contrôle opérationnel complet du réseau, selon le site Al-Taqa.
Depuis la reprise des hostilités entre les États-Unis et l’Iran début juillet, le Koweït est devenu une cible régulière des frappes iraniennes, une centrale électrique et une usine de dessalement d’eau ayant notamment été touchées ce week-end, selon The National. Or la chute des revenus pétroliers liée à la guerre a fait exploser le déficit budgétaire koweïtien, atteignant 23,4 milliards de dollars, précise le site économique Al-Bursa.
Plutôt que de s’endetter classiquement, le Koweït choisit donc de transformer une partie de son infrastructure existante en source de financement immédiat, l’argent récolté devant servir à financer les investissements nécessaires pour porter la production de brut à 4 millions de barils par jour d’ici 2035. Du côté des investisseurs, l’opération répond à une logique simple. Un oléoduc déjà construit et déjà rempli de pétrole rapporte un revenu très prévisible pendant des décennies, quasiment garanti tant que le pétrole continue de couler.
Ce type de montage n’est pas foncièrement nouveau. L’Arabie saoudite avec Aramco, puis les Émirats arabes unis avec ADNOC, ont déjà loué des droits sur leurs propres infrastructures gazières et pétrolières à des investisseurs internationaux ces dernières années pour lever des milliards de dollars sans céder la propriété de leurs actifs stratégiques. Le Koweït, longtemps resté plus prudent sur l’ouverture de son secteur pétrolier aux capitaux étrangers, rejoint ainsi une tendance déjà installée chez ses voisins.

Source: The National / Al-Bursa / Al-Taqa