L’actu arabe en un clin d’œil

La France et le Maroc ont lancé le 16 juillet à Rabat un appel à manifestation d’intérêt (AMI) pour étudier une liaison électrique sous-marine entre les deux pays. Elle pourrait acheminer vers le sud de la France jusqu’à 2 000 mégawatts d’électricité solaire et éolienne produite au Maroc.

Le projet peut surprendre, car la France a battu en 2025 son record d’exportations d’électricité, grâce au redressement du nucléaire et à une consommation encore contenue.

Le schéma privilégié prévoit de nouveaux parcs renouvelables au Maroc, du stockage et deux câbles vers la France. L’électricité serait surtout envoyée vers la France, avec un point d’arrivée envisagé dans le Var ou les Bouches-du-Rhône, mais le document permet aussi aux candidats de proposer une liaison bidirectionnelle s’ils en démontrent l’intérêt et la faisabilité.

Pourquoi importer lorsque l’on exporte déjà ?

Le record français d’exportations porte sur l’ensemble de l’année 2025, alors que le réseau doit être équilibré à chaque instant. En effet, même largement exportatrice, la France peut avoir intérêt à importer pendant certaines heures, lorsque la consommation augmente, que le solaire baisse, que le vent tombe ou qu’une centrale est arrêtée.

Les câbles permettent alors de déplacer les surplus, de répondre aux pointes et de secourir un réseau après une panne.

Aux heures de pointe, notamment les soirs d’hiver, il peut coûter moins cher d’importer de l’électricité que de faire fonctionner des centrales thermiques françaises, selon le média Connaissance des Énergies.

À l’inverse, à certaines heures, il peut être plus intéressant de vendre un surplus d’électricité à bas prix à un pays voisin que de réduire la production.

Avec le développement du solaire et de l’éolien, dont la production varie selon l’heure et la météo, les pays cherchent davantage à échanger leur électricité plutôt qu’à équilibrer seuls leur réseau.

Ces besoins expliquent pourquoi la plupart des liaisons représentées sur notre carte sont conçues pour fonctionner dans les deux sens.

Le Maroc est déjà relié à l’Espagne par deux lignes sous-marines bidirectionnelles, mises en service en 1997 et 2006 à travers le détroit de Gibraltar. Une troisième ligne de 700 mégawatts vers l’Espagne et une liaison de 1 000 mégawatts avec le Portugal sont également envisagées.

C’est déjà le cas de la liaison Attique-Crète, appelée Crete Attica Electrical Interconnection entrée en service en 2025. Le Great Sea Interconnector doit relier la Crète à Chypre, tandis qu’un prolongement vers Israël est également envisagé. Le Liban étudie de son côté une liaison distincte avec Chypre.

ELMED est le projet de liaison entre la Tunisie et la Sicile. Déjà autorisé et en partie financé, il vise une mise en service en 2028. Le projet GREGY doit relier l’Égypte à la Grèce, avec des échanges possibles dans les deux directions.

Des projets très inégalement avancés

Mais la concréatisation de ces projets suppose de financer les câbles sur des centaines voire des milliers de kilomètres, les équipements installés à chaque extrémité et les raccordements terrestres.

Si le recours au courant continu à haute tension (HVDC), mieux adapté aux longues liaisons sous-marines, limite les pertes pendant le transport, la longueur des tracés complique les réparations, tandis que la pose peut affecter les fonds marins.

Le projet Sila Atlantik montre aussi combien ces montages peuvent être difficiles à concrétiser. Cette liaison entre le Maroc et l’Allemagne doit acheminer vers le marché allemand de l’électricité produite dans de nouveaux parcs solaires et éoliens marocains.

Longue de quelque 4 800 kilomètres et évaluée à 30 milliards de dollars, elle est toutefois freinée par plusieurs désaccords, rapportait Reuters le 22 juillet.

Rabat réclame notamment un accord entre les deux gouvernements et souhaite que le courant puisse également circuler de l’Allemagne vers le Maroc. Cette option offrirait au royaume une source d’approvisionnement supplémentaire, mais elle renchérirait un projet initialement conçu pour exporter l’électricité marocaine vers l’Allemagne, selon une source allemande citée par Reuters.

Les terrains nécessaires aux installations solaires et éoliennes n’ont pas non plus encore été attribués.

En somme, ces câbles se multiplient parce que le développement du solaire et de l’éolien rend la production plus irrégulière, tandis que les réseaux doivent pouvoir déplacer les excédents, compenser rapidement un manque de courant et profiter, à certaines heures, d’une électricité moins chère ailleurs.

Leur utilité n’assure toutefois pas leur construction. Le coût des câbles et des raccordements, le sens des échanges, les engagements des États, les terrains disponibles et le prix de vente de l’électricité expliquent pourquoi certaines liaisons fonctionnent déjà ou ont obtenu leurs financements, tandis que les projets vers la France et l’Allemagne doivent encore préciser leur tracé, leur montage et leur calendrier.