L’actu arabe en un clin d’œil

La crise migratoire, qui aurait fait une centaine de morts et vu quelque 72 000 personnes gagner Ceuta en une semaine, a replacé au premier plan le statut de l’enclave, administrée par l’Espagne et revendiquée par le Maroc.

Le 30 juillet, lors d’une réunion de son gouvernement à Camp David, Donald Trump, en conflit ouvert avec le gouvernement de Pedro Sánchez depuis le refus de Madrid de soutenir les opérations américaines contre l’Iran et dans le détroit d’Ormuz, a qualifié les arrivées d’« invasion » et accusé l’Espagne de « mauvaise gestion ».

Dans un message publié le lendemain sur X, le département d’État a, lui aussi, accusé le gouvernement espagnol d’avoir « délibérément » facilité une immigration irrégulière massive vers l’Europe.

Un rapport du Congrès évoque le « futur statut » des deux villes

Quelques mois plus tôt, fin avril, la commission des crédits de la Chambre des représentants, dominée par les républicains, avait adopté un projet de budget prévoyant au moins 40 millions de dollars d’aide sécuritaire et militaire au Maroc.

Dans le rapport accompagnant le texte, elle rappelait l’« alliance historique » entre les deux pays, formalisée par le traité de paix et d’amitié de 1786, puis affirmait que Ceuta et Melilla, administrées par l’Espagne, étaient « situées en territoire marocain ».

Cette relation s’est encore resserrée en décembre 2020, lorsque Donald Trump a reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, en parallèle de la normalisation entre le Maroc et Israël.

La commission soutenait également les efforts du secrétaire d’État pour encourager des discussions entre Rabat et Madrid sur le « futur statut » des deux enclaves.

Sans valoir reconnaissance officielle de la souveraineté marocaine ni décision de la Maison-Blanche, ce passage marquait une première : jamais un organe de la Chambre des représentants n’avait publiquement remis en cause la souveraineté espagnole sur Ceuta et Melilla.

Trump contre Sánchez

Le rapport a été adopté alors que les relations entre Washington et Madrid se dégradaient dans le sillage de la guerre contre l’Iran.

L’Espagne a refusé que ses bases de Rota et Morón et son espace aérien soient utilisés pour les opérations américaines contre la République islamique. Madrid refuse également de porter ses dépenses militaires à 5 % de son PIB, comme l’exige Donald Trump.

Le différend touche directement les intérêts militaires américains. Située près du détroit de Gibraltar, la base navale de Rota sert au ravitaillement, à l’entretien et au soutien des forces américaines et de l’OTAN déployées en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient.

Dans une tribune publiée en mai par le Middle East Forum, le néoconservateur Michael Rubin, chercheur à l’American Enterprise Institute, a appelé Donald Trump à qualifier Ceuta et Melilla de « territoires marocains occupés » et à transférer les moyens militaires américains de Rota vers Gibraltar.

En juillet, Donald Trump a qualifié l’Espagne de « partenaire terrible » au sein de l’OTAN et affirmé avoir ordonné l’arrêt des échanges commerciaux avec Madrid. Aucune rupture n’a cependant été appliquée et le président américain a ensuite atténué ses propos.

Le contentieux entre Madrid et Washington ne se limite pas à l’Iran. L’Espagne a reconnu l’État de Palestine en 2024, instauré un embargo sur les armes à Israël et refusé, en janvier 2026, de rejoindre le « Conseil de paix » pour Gaza lancé par Donald Trump, jugé hors du cadre de l’ONU et sans représentation de l’Autorité palestinienne.

Dans ce contexte, Antonio Maíllo, dirigeant d’Izquierda Unida, une formation espagnole membre de la coalition de gauche Sumar, a accusé Rabat d’avoir provoqué la crise et affirmé que Donald Trump et Benjamin Netanyahu se trouvaient derrière l’opération pour punir Madrid de ses positions « sur la Palestine et la guerre contre l’Iran ».

Selon El País, Aina Vidal et Gerardo Pisarello, deux autres responsables de la coalition gouvernementale, ont relayé la même thèse. Aucun élément public ne permet toutefois d’établir une opération coordonnée entre Washington, Israël et le Maroc.

Une « nouvelle Marche verte »

Dans une tribune du 16 mars publiée par le Middle East Forum, Michael Rubin avait déjà appelé Mohammed VI à lancer une « nouvelle Marche verte » sur Ceuta et Melilla.

Il proposait aux Marocains de se rassembler, d’envoyer des bulldozers à la frontière, puis d’entrer sans armes dans les deux villes pour y hisser le drapeau marocain.

Rubin envisageait ensuite l’entrée de forces marocaines pour « rétablir l’ordre » et organiser le transfert vers l’Espagne des habitants espagnols, qualifiés de « colons ». Il concluait en appelant les autorités de Cadix à se préparer à les accueillir.

Il affirmait également que Ceuta et Melilla ne bénéficieraient pas automatiquement de la défense collective de l’OTAN. L’article 6 du traité de Washington délimite les territoires couverts, mais ne mentionne pas explicitement les deux villes espagnoles d’Afrique du Nord.

Interrogé en 2022, le secrétaire général de l’OTAN avait toutefois rappelé qu’en cas d’attaque, les alliés devraient décider par consensus, selon les circonstances, si l’article 5 s’applique. Celui-ci considère une attaque armée contre un allié comme une attaque contre tous.

Rabat n’a publiquement repris ni les propositions de Michael Rubin ni le vocabulaire employé par la commission américaine.