Le Qatar fait face à un paradoxe spectaculaire : deuxième exportateur mondial de GNL, il cherche désormais à acheter du gaz américain sur le long terme pour continuer à servir ses propres clients.
Selon Asharq Bloomberg le 10 septembre, QatarEnergy discute avec des fournisseurs américains pour acheter du GNL issu de terminaux déjà en service ou encore en construction. C’est la première fois depuis le début de la guerre que Doha envisage aussi clairement d’élargir son portefeuille hors du Moyen-Orient.
Le problème n’est pourtant pas la ressource. En 2025, le Qatar a exporté plus de 112 milliards de m³ de GNL et représentait près d’un cinquième du marché mondial. Sa faiblesse est géographique : l’essentiel de ses cargaisons doit quitter le Golfe par le détroit d’Ormuz, sans véritable route maritime alternative.
Le Qatar prépare l’après-Ormuz
Depuis le début de la guerre contre l’Iran fin février, le risque sur Ormuz et les frappes contre Ras Laffan, principal complexe gazier qatari, ont fortement réduit les capacités d’exportation. Deux des quatorze trains de liquéfaction ont notamment été endommagés.
Pour maintenir ses livraisons, QatarEnergy avait déjà acheté 33 cargaisons américaines pour environ 1 milliard de dollars, principalement pour ses clients asiatiques. Doha cherche désormais une solution plus durable. Reuters indiquait le 11 septembre que les discussions portent sur 2 à 3 millions de tonnes par an jusqu’en 2031, notamment avec Venture Global, Cheniere et Woodside.
Les États-Unis offrent précisément ce qui manque au Qatar : des volumes importants produits hors du Golfe, qui peuvent être envoyés directement vers l’Asie ou l’Europe sans passer par Ormuz.
Le Qatar ne manque donc pas de gaz. Il cherche à réduire le risque géographique lié à Ormuz et à transformer QatarEnergy en portefeuille mondial de GNL, capable de continuer à livrer ses clients même lorsque les routes du Golfe sont perturbées.
Source: Reuters / Asharq Bloomberg