Le 15 septembre, le Premier ministre libanais Nawaf Salam a dressé devant le Parlement un bilan particulièrement lourd des conflits avec Israël depuis octobre 2023. Selon lui, leur coût cumulé dépasse déjà 20 milliards de dollars et pourrait franchir 27 milliards lorsque l’ensemble des conséquences de la guerre de 2026 aura été comptabilisé.
La première séquence s’ouvre le 8 octobre 2023, au lendemain de l’attaque du Hamas contre Israël. Le Hezbollah lance alors des attaques depuis le sud du Liban en soutien à Gaza, auxquelles Israël répond par des frappes. D’abord concentrés autour de la frontière, les affrontements prennent une tout autre dimension en 2024, avec une campagne israélienne massive contre le Hezbollah, des bombardements dans le sud, la Bekaa et la banlieue sud de Beyrouth, ainsi qu’une offensive terrestre. Un cessez-le-feu entre en vigueur en novembre 2024, mais les tensions et les frappes israéliennes ne disparaissent pas complètement.
Pour cette première guerre, la Banque mondiale évalue le coût économique à environ 14 milliards de dollars. Les besoins de reconstruction et de relèvement avaient déjà été estimés à 11 milliards de dollars, avec le logement parmi les secteurs les plus lourdement touchés.
Mais le 2 mars 2026, le front libanais s’embrase de nouveau dans le contexte de la guerre opposant les États-Unis et Israël à l’Iran. Après la mort du guide suprême iranien, le Hezbollah tire des missiles contre Israël. L’armée israélienne répond par une campagne de frappes beaucoup plus vaste, puis par une offensive terrestre dans le sud du Liban. Le conflit provoque en quelques semaines des déplacements massifs de population et étend les destructions bien au-delà de la bande frontalière.
Des dégâts considérables
Nawaf Salam chiffre le coût direct provisoire de cette deuxième guerre entre 3 et 4 milliards de dollars, auxquels s’ajouteraient déjà 4 à 5 milliards de pertes économiques indirectes. Selon le Premier ministre, 91 000 logements ont été totalement ou partiellement détruits pendant le conflit de 2026, auxquels s’ajoutent environ 230 000 logements endommagés lors de la guerre précédente. Plus de 250 000 personnes restent déplacées et les habitants de plus de 75 villes et villages ne peuvent toujours pas rentrer chez eux.
La situation territoriale a également changé. Israël conserve aujourd’hui une présence militaire dans une partie du sud du Liban et affirme avoir établi une zone de sécurité s’étendant par endroits à plusieurs kilomètres à l’intérieur du territoire libanais. Le contrôle de positions stratégiques, notamment autour de la colline d’Ali al-Taher, complique le retour des populations et la reconstruction.
Cette nouvelle vague de destructions frappe surtout un pays qui commençait à peine à sortir de plusieurs années d’effondrement économique. Après une croissance de 4,2 % en 2025, la Banque mondiale prévoit désormais une contraction du PIB de 6,4 % en 2026.
Pour Nawaf Salam, l’État libanais n’a pas les moyens de financer seul un chantier d’une telle ampleur. Beyrouth devra donc mobiliser des financements arabes et internationaux, alors que les besoins concernent simultanément les logements, routes, réseaux électriques et hydrauliques, infrastructures publiques et territoires agricoles.
Source: The New Arab / Banque mondiale