L’actu arabe en un clin d’œil

Le conflit au Moyen-Orient continue de s’étendre avec l’ouverture d’un nouveau front maritime. Les rebelles houthis du Yémen, soutenus par l’Iran, ont revendiqué dans la nuit du 22 juillet des attaques contre deux pétroliers saoudiens en mer Rouge, affirmant avoir visé des navires ayant « violé le blocus » qu’ils ont annoncé à l’encontre des ports saoudiens.

Cette escalade intervient alors que les États-Unis poursuivent, pour le douzième jour consécutif, leurs frappes contre l’Iran.

Les Houthis ont identifié les deux navires ciblés comme étant l’Encelia et le Layla. Les autorités saoudiennes ont confirmé que l’Encelia, appartenant à une société saoudienne, avait été pris pour cible alors qu’il naviguait près du détroit stratégique de Bab el-Mandeb. Selon Riyad, aucun membre de l’équipage n’a été blessé.

Depuis l’annonce de leur blocus maritime, les rebelles yéménites avaient multiplié les avertissements radio aux navires transitant dans cette zone, menaçant d’attaquer ceux qui poursuivraient leur route. Selon des données relayées par l’AFP, au moins neuf navires ont déjà fait demi-tour en mer Rouge ou à proximité du détroit de Bab el-Mandeb afin d’éviter tout risque d’attaque.

Des ports saoudiens dans le viseur des Houthis

L’enjeu est d’autant plus sensible que Bab el-Mandeb est devenu, de facto, le seul débouché maritime restant pour le pétrole saoudien vers l’Asie. Depuis la fermeture du détroit d’Ormuz au déclenchement de la guerre américano-israélienne contre l’Iran fin février, plus de 70 % des exportations saoudiennes transitent par l’oléoduc Est-Ouest (Petroline) jusqu’au terminal de Yanbu, sur la mer Rouge, avec des chargements passés à 4 millions de barils par jour contre 973 000 un an plus tôt, selon des données Kpler et Signal Ocean citées par Al Jazeera.

Désoemais, cette route de secours vacille à son tour : selon Kpler, cité le 20 juillet par The National, les chargements de brut via Bab el-Mandeb ont chuté de 36 % en deux semaines. Les exportations hebdomadaires saoudiennes de la mer Rouge tombant de 9,5 à 6,1 millions de barils par jour entre fin juin et mi-juillet. « Une fermeture conjointe d’Ormuz et de Bab el-Mandeb reviendrait à placer l’Arabie saoudite sous un état de siège stratégique », résume Andreas Krieg, du King’s College de Londres, cité par The National.

Le risque dépasse largement le seul cas saoudien. Bab el-Mandeb, large de 32 kilomètres, fait transiter environ 12 % du commerce maritime mondial. Le détroit a acheminé 4,1 millions de barils par jour de pétrole et produits pétroliers en 2024 (contre plus de 9 millions avant les attaques houthies de fin 2023). Une fermeture simultanée d’Ormuz et de Bab el-Mandeb pourrait compromettre jusqu’à 25 % de l’approvisionnement mondial en pétrole et gaz, selon Al Jazeera. Les perturbations en mer Rouge entre 2023 et 2025 avaient déjà coûté près de 20 milliards de dollars par an à l’économie mondiale, selon des estimations relayées par CNN Arabic.

Si Yanbu concentre l’attention, d’autres ports saoudiens de la mer Rouge seraient exposés en cas d’escalade. Jeddah, le plus grand port du royaume, assure plus de 65 % du fret national et sert de hub à conteneurs, selon Saudipedia. Plus au sud, Jazan, à environ 190 milles nautiques du détroit, est le plus proche géographiquement et donc le plus directement exposé. Au nord, les ports de Duba, près de Neom, et de la ville économique du roi Abdallah à Rabigh, complètent une façade maritime potentiellement vulnérable si le rayon d’action houthi s’élargissait au-delà des seuls pétroliers.

Source: SPA / Al-Jazeera / AFP