L’actu arabe en un clin d’œil

La vague d’entrées à Ceuta a donné lieu à deux lectures très différentes au Maroc et en Algérie. La presse algérienne y voit le symptôme d’une crise sociale profonde et soupçonne Rabat d’avoir laissé faire pour exercer une pression sur l’Espagne.

Côté marocain, la couverture est moins uniforme. Certains médias ont mis en avant la coopération avec Madrid. D’autres ont évoqué un refroidissement entre les deux pays ou mis en cause les autorités espagnoles, les passeurs et une campagne de désinformation venue d’Algérie.

Entre 50 000 et 60 000 personnes ont pénétré dans l’enclave espagnole en deux jours, selon les autorités espagnoles. Le bilan atteignait samedi 1er août au moins 67 morts. Des dizaines de milliers de personnes sont depuis retournées au Maroc.

Dans la presse marocaine, Ceuta est généralement appelée Sebta, son nom arabe, et qualifiée de « ville occupée » en référence à la revendication territoriale du Royaume.

Les relations entre Rabat et Madrid s’étaient réchauffées depuis 2022, après le soutien espagnol au plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental. La visite de Pedro Sánchez à Alger le 20 juillet a néanmoins alimenté les spéculations sur un relâchement volontaire des contrôles marocains, sans qu’aucune preuve ait été avancée.

En Espagne, Madrid évite d’accuser Rabat

Le gouvernement espagnol a dénoncé une « violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne », tout en évitant de mettre directement Rabat en cause. Pedro Sánchez a qualifié le Maroc d’« allié » et salué des échanges « constants, fluides et très raisonnables, contrairement à ce qui s’est passé en 2021 ».

El País rapporte néanmoins que Madrid a été pris de court. « Si nous avions eu les informations, 50 000 personnes ne seraient pas entrées ainsi en 24 heures », a reconnu un haut responsable espagnol cité par le quotidien.

En Algérie, « la grande fuite »

Dans une analyse publiée le 30 juillet, El Khabar décrit les passages comme le produit d’une « situation sociale misérable » et d’un relâchement des contrôles. Le journal accuse Rabat d’avoir cherché à « utiliser son peuple comme un outil de chantage ».

Le ton est encore plus virulent dans les pages de commentaires d’Echorouk. Dans une chronique, Abdel Nasser Ben Aïssa qualifie l’événement de « grande fuite ». Selon lui, les Marocains semblent « moins vouloir atteindre l’autre rive que quitter celle où ils sont nés ».

Une autre contribution, signée Baba Sayed Laroussi, relie directement les passages à la visite de Pedro Sánchez à Alger. Il estime que l’immigration devient « un moyen de marchandage politique » lorsque les relations du Maroc avec ses partenaires européens se tendent.

Dans une tribune distincte, Othman Abdel-Louch voit dans la coïncidence avec la fête du Trône une contestation du discours officiel. Il décrit les départs comme « un référendum avec les pieds des sujets marginalisés ».

Au Maroc, coopération et soupçons envers Madrid

Hespress se concentre sur le bilan humain, le retour des migrants et la construction d’un barrage maritime espagnol, sans développer la question des responsabilités politiques.

Dans un éditorial publié le 30 juillet, Assahifa juge au contraire que « quelque chose ne va pas entre le Maroc et l’Espagne ». Le journal présente les mouvements migratoires comme « un indicateur très sensible du niveau de confiance politique entre les deux capitales ».

L’éditorial cite les désaccords sur le Sahara occidental, les accords commerciaux avec l’Union européenne, l’organisation du Mondial 2030 et les accusations liées au logiciel Pegasus. Ceuta et Melilla seraient devenues « un miroir de ce que les communiqués officiels ne disent pas ».

Dans un commentaire signé publié par Al Ahdath, Ismaïl Wahi attribue la crise aux politiques migratoires espagnoles, aux passeurs et à l’arrêt du Tribunal suprême du 8 juillet, qui empêche le refoulement immédiat des personnes interceptées en mer.

Il affirme que le Maroc « ne jouera pas le gendarme de l’immigration pour garder les frontières de l’Europe ». Il accuse aussi des médias algériens d’avoir diffusé des contenus trompeurs sur une « fuite collective » pour attiser le mouvement vers la frontière, sans fournir d’élément indépendant à l’appui.